13 décembre 2006

A suivre ailleurs...



Franchement, cela m'embête un peu de me remettre au clavier pour vous annoncer la fin de ce carnet de route, mais c'est ainsi: Camera Obscura disparaît... pour mieux renaître ailleurs!

L'ailleurs en question se nomme Tutoshop, une interface dédiée au photoblogging que j'ai découverte récemment et que j'ai décidé d'adopter. La raison principale de ce choix est d'ordre technique: Tutoshop est d'une grande facilité d'utilisation et me donne la possibilité d'afficher des photographies de qualité en grand format, le tout dans un très bel habillage épuré. Mais je souhaitais aussi rompre définitivement avec l'habitude prise sur ce blog d'associer de longs commentaires à mes images, et de parasiter ainsi leur réception par le spectateur.

Aujourd'hui, je veux dissocier entièrement mon travail d'écriture de ma pratique de l'image, c'est pourquoi j'ai décidé que mon photoblog sera le "lieu" d'une rencontre "brute" avec les photographies, qui y seront postées sans le moindre commentaire. Ce n'est pas par paresse que j'ai fait ce choix - encore que mon travail dans le domaine de l'écriture me laisse de moins en moins de temps pour blogguer - mais parce que je considère qu'il est temps pour moi de laisser vivre mes images en dehors du carcan des mots, de les affranchir du sens qu'ils font peser sur elles.

C'est donc une nouvelle expérience qui commence là-bas, où j'ai endossé le pseudonyme de Demian, par clin d'oeil à un ami qui se reconnaîtra s'il lit ce billet ;o) Le blog "Camera Obscura", quant à lui ne meurt pas vraiment, mais sera entièrement refondu dans les prochains jours. De cette version ne resteront que les rubriques "Découverte", qui seront progressivement enrichies et dans lesquelles je continuerai à vous présenter les travaux de photographes dont j'admire le travail.

Tout le reste sera effacé; les images présentées ici seront progressivement transférées vers mon photoblog. Pour l'instant, celui-ci n'est pas encore très fourni, mais vous pourrez d'ores et déjà y découvrir quelques photographies inédites. Le reste viendra au rythme d'un ou deux posts par semaine. Pour être tenus au courant de ces nouveautés, vous pourrez bien entendu vous abonner à un fil rss. Les commentaires sont également ouverts, et je prendrai comme toujours beaucoup de plaisir à lire vos réactions, même si je ne vous promets pas de pouvoir y répondre systématiquement.

Sachez en tout cas que j'ai pris beaucoup de plaisir à construire ce carnet de route dont certains d'entre vous ont été des lecteurs particulièrement attentifs, et que les amitiés nouées ici auront été l'une de mes plus grandes satisfactions. Mais assez de parlottes, je vous donne rendez-vous sur la nouvelle version de Camera Obscura pas plus tard que tout de suite!

PS: ce message, s'auto-détruira dans quelques jours, lors de la refonte du blog!

05 septembre 2006

La Drève #3 [Ici & Ailleurs]



Je pédale lentement. Je remonte la drève vers son extrémité. Arrivé là, je mords légèrement sur l'herbe du bas-côté avec la roue avant de mon vélo pour faire demi-tour et je repars dans l'autre sens. Je pédale lentement. Je remonte la grève vers son commencement. Arrivé là, je mords légèrement sur l'herbe du bas-côté avec la roue avant de mon vélo pour faire demi-tour et je repars dans l'autre sens. Je pédale lentement. Je remonte la drève vers son extrémité...

... Et ainsi de suite, jusqu'à ce que la drève, mise ainsi en abyme, se réinvente dans l'immensité.

Dans le ciel, de gros cumulus filent à toute vitesse, cravachés par les bourrasques. J'aperçois leurs formes moutonneuses à travers les feuillaisons de la drève, qui enflent et claquent au vent comme une immense voile. A certains moments, on dirait qu'ils forment des auréoles autour des arbres, épousant si parfaitement leurs contours floutés par le vent qu'ils semblent émaner du feuillage telle une vapeur blanche et duveteuse.

La drève s'étire ainsi vers le haut, vers l'infini du rêve. Elle se prolonge à perdre haleine dans la course folle des nuages et la respiration bleue du vent.

J'aime ces chemins d'écume tracés dans l'immensité du ciel.

30 août 2006

La Drève #2 [Ici & Ailleurs]



De loin, les choses semblent toujours différentes de ce qu'elles sont réellement: depuis la route, les arbres paraissaient alignés, alors qu'en réalité ils épousent la courbe du chemin, formant un magnifique croissant de lune.

Plus que cette très belle harmonie de formes qui s'offre à mon regard, c'est surtout la dimension sonore de cet instant que je retiendrai: le vent qui souffle à travers le feuillage produit un murmure ténu semblable à celui du ressac. De l'autre côté de ce rideau végétal, il poursuit sa course à travers les vastes étendues de maïs qui bordent le sentier, agitant leurs longues tiges dans un bruit de papier froissé. Ces sons, en se mélangeant, créent un accord grave et vibrant, à l'extrême limite de l'audible.

Une caresse pour l'âme.

La vibration qui habite l'espace donne le sentiment qu'une grande quantité d'énergie se concentre à cet endroit. Je m'ouvre au lieu. Je me laisse traverser par la puissance du flux qu'il canalise.

Debout au milieu du chemin, je m'éparpille aux quatre vents.

28 août 2006

La Drève #1 [Ici & Ailleurs]



Drève : nom féminin (du Néerlandais dreve, de driven " conduire ")Terme régional (Nord de la France et Wallonie). Chemin carrossable en forêt. Ex : la drève de Lorraine, dans la forêt de Soignes.Par extension, désigne un chemin bordé d'arbres.


Me voilà de retour dans le Nord.

A pieds, en vélo, en voiture, je profite des derniers lambeaux d'été, lorsque la météo capricieuse consent à nous faire l'aumône de quelques rayons de soleil, pour reprendre mes pérégrinations. Il y a bien "dans le même pays plusieurs mondes", pour reprendre les mots d'André Dhôtel; ainsi, pas plus tard que la semaine dernière, en empruntant un raccourci au cours d'une promenade à VTT, j'ai découvert cette drève de peupliers, muraille végétale qui se dresse au beau milieu des champs, bordant un chemin creux où affleurent encore, sous la terre battue, quelques pavés disjoints.

C'est un endroit comme je les aime: calme, isolé, et comme coupé du reste du monde. Une mémoire ancestrale semble attachée aux arbres, et lorsque le vent se met à souffler, celle-ci chuchote d'étranges secrets à travers le bruissement du feuillage et le grincement des branches. Celui qui écoute peut donner le sens qu'il souhaite à ces paroles de sève et de vent, l'essentiel n'étant pas la compréhension et la pénétration du mystère, mais ce vers quoi il mène.

Il n'y à aucun doute: les chemins nous inventent.

04 août 2006

Fermeture annuelle!



Je m'absente à partir de demain, et jusqu'au 15 août (peut-être même un peu plus longtemps). D'ici cette date, il n'y aura donc pas de nouvelle mise à jour.

A très bientôt!

28 juillet 2006

L'Autre Forêt #3 - Le Royaume [Ici & Ailleurs]





"(...) vous aviez raison: j'ai du m'armer de patience (...) Lors de mes deux premières incursions jusqu'à l'Etang, il ne s'est rien passé. Par "rien", je veux dire que je n'ai pas trouvé l'Entrée; mais le lieu à lui seul et l'atmosphère onirique qui y règne, valent largement le difficile trajet qu'il faut faire pour atteindre cette clairière oubliée, isolée au coeur de la Forêt.

(...)

Au cours de ma troisième visite, j'ai su que quelque chose allait se produire. L'air crépitait de magie, la lumière qui filtrait à travers les feuillaisons nimbait les alentours de l'étang d'un halo féerique; en dehors du murmure hypnotique du vent, aucun autre son ne venait troubler le silence. J'ai avancé jusqu'à avoir de l'eau jusqu'aux genoux, et je l'ai vue. L'Entrée. Tellement proche qu'il aurait suffi de quelques pas pour que j'en atteigne le seuil. Mais je me suis souvenu de votre avertissement et j'ai pris garde de ne pas franchir le "goulet" médium. Me direz-vous un jour ce qui se trouve au-delà, Elzéard?

(...)

J'ai fini par comprendre ce que vous vouliez dire en me conseillant "d'oublier toutes mes leçons" lorsque je verrai l'Entrée. Je la cherchais dans la Forêt "réelle", celle du dessus, solide, terrestre, alors qu'elle se trouvait SOUS la surface de l'étang, dans ces profondeurs liquides où s'épanouissent les reflets, et qui constituent à elles seules un Royaume mystérieux et secret. Je me suis tenu sur ce seuil, Elzéard, et ce que j'y ai entraperçu, ou deviné, m'a changé à tout jamais. Je ne saurais jamais vous remercier suffisamment, mon vieil ami, pour m'avoir indiqué cet itinéraire fabuleux au coeur de la Forêt!"

Extrait d'une lettre à Elzéard Houppier datant du 23 mai 2003.

Voilà, c'est avec cette image du "Royaume" que s'achève le triptyque de "L'Autre Forêt". J'espère que vous aurez pris autant de plaisir à vous promener dans cet univers de songes que j'en ai eu à ressusciter ces instants magiques datant d'avril 2003 par le biais d'extraits de ma correspondance avec Elzéard Houppier. Elzéard, je vous remercie une fois de plus pour votre aide, pour vos conseils, mais aussi pour avoir été là dans les moments les plus difficiles. Merci de m'avoir fait comprendre que le soleil ne cesse jamais de briller, même au coeur de la nuit; il change seulement d'hémisphère...

27 juillet 2006

L'Autre Forêt #2 - L'Entrée [Ici & Ailleurs]





"(...) pour apercevoir l'Entrée, vous devrez avancer de quelques mètres dans l'étang. Le fond est boueux mais l'eau est peu profonde à cet endroit, et vous ne courrez aucun danger; en revanche, ne franchissez pas le "goulot" intermédiaire: ce qui se trouve au-delà ne peut être atteint par une voie normale(...) Ensuite, armez-vous de patience. L'Entrée est très capricieuse, surtout en cette saison printanière, et se révèle rarement au premier coup d'oeil. Me croiriez-vous si je vous disais que j'ai déjà dû attendre toute une journée avant qu'elle n'apparaisse?

Trouvez cet état de silence intérieur dont je vous ai parlé dans l'une de mes dernières lettres, et "ouvrez-vous" au lieu, laissez-vous imprégner par son atmosphère, son mystère, sa magie... Votre patience sera récompensée, soyez-en certain!

(...) je ne vous la décris pas; lorsque vous serez devant l'Entrée, vous la reconnaîtrez au premier coup d'oeil, comme s'il s'agissait d'une évidence. Vous comprendrez alors ce que j'ai voulu dire en écrivant qu'il fallait "oublier toutes les leçons" pour aborder ce passage."

Extrait d'une lettre d'Elzéard Houppier datant du 11 mai 2003.

Demain, je clôturerai cette mini-série avec le dernier triptyque de "L'Autre Forêt". D'ici là, portez-vous bien, chers visiteurs.